Interview photo
Découvrez Cédric Girard, un photographe qui aime notre nature et auteur du livre La photographie animalière
Jeudi 04 Février 2010
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Mots clés : Portrait




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1 - Bonjour Cédric, Pourrais-tu nous présenter ton parcours en quelques lignes ?
Informaticien de profession et éleveur de chats de race par passion avec mon épouse, j'ai touché pour la première fois de ma vie un appareil photo (numérique) un beau jour d'octobre 2002, alors que nous avions projeté de photographier nos chatons. Très vite, cela m'a plu mais également frustré, car l'appareil acquis à cette époque était pour ainsi dire fort limité techniquement. Je suis donc très vite passé au bridge numérique (les reflex étaient inabordables à cette époque) et c'est début 2004 que j'ai acquis mon premier reflex, le célèbre Canon EOS 300D : "le reflex à prix démocratique" (quand même près de 1500 € !)
Ça a été le début de ma petite aventure dans le monde de la photographie, ayant jusqu'alors été limité au niveau matériel. Je m'étais depuis début 2003 fortement intéressé aux oiseaux en participant aux sorties organisées par la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) locale. Parallèlement, je me suis de plus en plus intéressé à la nature de manière générale, et ai multiplié mes sorties sur le terrain, notamment avec Rémy Courseaux que j'ai connu à cette époque.
En novembre 2004, j'ai eu l'immense chance d'être primé au Festival de Photographie Animalière et de Nature de Montier-en-Der, lors de ma première participation. Ce fut l'un des éléments décisifs pour la suite.
En mars 2005, je suis sollicité par une agence spécialisée dans les photographies d'animaux domestiques, après la parution d'un portfolio sur les chats dans un petit magazine spécialisé. Je deviens à cette époque auteur photographe. Progressivement mon portfolio va s'agrandir et je vais vendre de plus en plus de photos en direct ou via mon agence, et c'est fin 2007 que j'intègre l'agence BIOS PHOTO, ce qui constitue quelque sorte une "consécration" quand on sait l'intérêt porté par cette légendaire agence par les photographes.
Début 2008, je sors un premier livre sur ma région d'adoption : "Champagne Ardenne". C'est un livre à vocation touristique sortant un peu de mes sujets de prédilection, et pour lequel je ne réaliserai que les images, mais il constituera une première expérience intéressante, et me mettra un premier pied dans l'édition J
2 - Est-ce la nature qui t'a poussé vers la photographie ou la photo qui t'a poussé vers la nature ?
Je vais faire une réponse de normand : les deux me sont apparus comme d'un grand intérêt conjointement ! En fait quand j'ai débuté la photographie fin 2002, cela faisait moins d'un an que nous avions emménagé dans notre maison à la campagne, et je découvrais alors chaque jour les habitants du verger voisin et des bois de la commune, dans lesquels nous allions nous promener à l'occasion. Je pense que c'est la visite du Festival de Montier En Der en novembre 2003 qui marquera un tournant décisif dans ma pratique photographique.
À cette époque, je m'orientais plus vers la digiscopie (étant féru d'oiseaux) mais j'ai eu le malheur (ou le bonheur !) d'essayer à cette époque le fameux Canon EOS 300D, et c'est finalement pour lui que j'ai opté !
3 - Photographies-tu aujourd'hui la même chose qu'à tes débuts ?
Sans aucune hésitation : oui ! Mais nous parlons bien des sujets, n'est-ce pas ?... Car l'approche est je pense singulièrement différente, que ce soit par mes connaissances techniques ou naturalistes, qui sont à des années lumières de ce qu'elles étaient à l'époque... Je n'attache que peu d'importance au sujet photographié, en ce sens que rareté et exotisme ne m'ont jamais vraiment attiré. C'est d'ailleurs ce qui me marque le plus souvent chez certains débutants, qui sont tout de suite à la recherche des sujets les plus convoités (cerfs, guêpiers, martins pêcheurs, etc.), certainement par attirance d'images colorées (cas des oiseaux les plus convoités) ou de puissance naturelle (cerfs, ours, etc.).
Je privilégie donc les sujets qui existent à l'état naturel dans notre beau pays. Même si je n'exclue pas qu'un jour, je puisse m'intéresser à d'autres horizons !
4 - Quelles sont les difficultés techniques liées à la photographie animalière ?
Elles sont multiples : d'abord liées aux sujets photographiés (l'objectif étant d'obtenir une proximité suffisante avec l'animal pour en permettre les prises de vues désirées ; cela peut être à distance moyenne, longue distance ou très courte distance, quel que soit le sujet), mais également lié aux conditions de prise de vue : météo, luminosité, milieu... De manière générale on travaille dans des conditions assez difficiles pour nécessiter l'usage de matériel haut de gamme, notamment concernant les optiques (qui devront être souvent lumineuses, donc onéreuses)
L'humilité et la patience sont les deux mamelles de la photographie animalière : il n'est pas rare de revenir bredouille, et seule la passion pourra nous pousser à toujours recommencer, jusqu'à obtenir le fameux cliché ! Le tout dans le plus grand respect de la faune et de la nature, bien entendu.
5 - Nous t'avons contacté suite à la sortie de ton premier livre "la photo animalière", peux-tu nous le présenter en quelques mots ?
Il s'agit d'un livre alliant technique et expérience de terrain, aussi bien au niveau de la photographie en technologie numérique à proprement parler (il est par exemple à mes yeux important de savoir comment fonctionne un capteur numérique, mais également de savoir gérer ses sauvegardes ou de connaître la signification du terme "IPTC") qu'au niveau de la pratique de terrain.
J'ai donc essayé d'allier les deux en allant relativement loin dans la technique, car il me semblait qu'un tel ouvrage n'existait pas : j'ai donc voulu l'écrire !
6 - Comment t'es venue l'idée d écrire un livre sur ce sujet ?
C'est un peu par passion de l'écriture (je suis éditeur d'un blog sur le sujet depuis début 2006...) et par passion... Cela me trottait depuis des mois dans la tête, aussi quand Ylan De Raspide, de chez Pearson, m'a proposé le projet, j'ai sauté sur l'occasion.
7 - Quel est le but de ce livre ?
De partager mes connaissances bien évidemment, mais aussi de donner les meilleurs outils aux débutants et amateurs éclairés pour pratiquer dans les meilleures conditions la photographie animalière. Avoir quelques bases théoriques est toujours appréciable, mais l'expérience de terrain est irremplaçable : on ne s'improvise pas photographe animalier en quelques jours !
On dira que ce livre permet de mettre le pied à l'étrier J
8 - Peux-tu nous présenter une journée type photo nature (préparatif, recherche du sujet...) ?
Je ne pense pas avoir de "journée type" en photo nature, car si je dois y passer la journée, ce sont des heures de préparation au préalable qui auront été nécessaires.
Quand je suis "chez moi" il est rare que je fasse des journées complètes, pour la simple et bonne raison que la lumière n'est jamais bonne toute la journée : on privilégie donc soit le matin, soit le soir. L'hiver peut éventuellement être le théâtre d'affûts prolongés, quand le temps est neigeux par exemple, car la lumière reste régulière plusieurs heures durant.
Dans tous les cas, il y a une phase préparatoire, que ce soit au niveau du matériel ou au niveau des installations quand il s'agit d'affût ; cela peut se faire la veille comme plusieurs semaines auparavant, selon l'endroit et les sujets (afin par exemple de les habituer à la présence de l'affût).
9 - Peux-tu nous nous parler d'une photo qui t'a particulièrement marqué ?
Je pourrais parler de la photographie qui fait la couverture de mon livre. Il s'agit d'une huppe fasciée, un oiseau singulier relativement rare dans ma région bien que régulier. Cette photo me demanda 20 soirées d'affût, du jour où ma femme repéra lors d'une balade à cheval le nid d'un couple de huppes que j'essayais de repérer depuis des jours.
Après 3 séances d'observation de quelques heures à bonne distance, j'avais établi que les parents alternaient le nourrissage à un rythme d'environ un passage toutes les 18 minutes en moyenne. Cela me donnait donc approximativement quelques minutes (en prenant une petite marge de manœuvre) pour m'installer à chaque séance d'affût. Les deux premiers jours me permirent de faire quelques photos en vol, mais très vite j'ai eu dans l'idée de tenter une photo en contre-jour sur le coucher du soleil. Le problème était que seule une branche à proximité du nid permettrait cette vue singulière.
Il m'aura fallu 20 soirées d'affût pour réussir à l'obtenir enfin ! Je me dis que j'aurais très bien pu la réaliser dès le premier soir, mais également ne jamais la faire tellement le hasard était de la partie...
10 - As-tu des conseils sur la photographie nature à donner à nos lecteurs ?
Ahhhh mais mon livre est là pour ça
.
Plus sérieusement :
- Ne pas compter que sur le matériel : ce n'est pas parce qu'untel utilise un 500/4 et un boîtier pro qu'il est indispensable d'avoir le même matériel pour réussir des photos ! Un boîtier d'entrée de gamme et un petit télé permettent déjà de faire de magnifiques photos d'oiseaux...
- Connaissez vos sujets, beaucoup plus que votre matériel ! Cela fera 90% de votre réussite.
- Ne cherchez pas la coche, l'extraordinaire, l'oiseau rare ! Je vois trop de débutants "commencer" par le cerf ou le martin-pêcheur, alors qu'ils n'ont jamais photographié un lapin ou un moineau ! L'appât de la sensation, de l'oiseau coloré et quelque part l'effet de mode y sont pour beaucoup. C'est si beau un moineau !
- Respectez la nature et les animaux ! AUCUNE photo ne mérite que l'on mette en péril la vie d'un animal.
Pour découvrir le travail de Cédric Girard vous pourvez visiter :
- son blog ou il intervient chaque semaine : blog-aube-nature.com.
- Son site ou il présente son travail photographique : aube-nature.com.
- Son livre "La photographie animalière" disponible chez tous bon libraire.




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