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Francois Xavier Prevot

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17 Septembre 2009

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2eme partie : La Ville aux 12.000 Manuscrits par François Xavier Prévot

 

 Vendredi 18 Septembre 2009
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 Mots clés : Voyage
  18 votes    
 

2eme partie : La Ville aux 12.000 Manuscrits par François...

2eme partie du voyage de François Xavier Prévot au cœur de la Ville aux 12.000 Manuscrits.

La première partie est à découvrir à cette adresse : 1ere partie : La Ville aux 12.000 Manuscrits par François Xavier Prévot.

 

 

La « Fondation Sidi Mohamed Ould Habott »

 

Il faut dire que, comme des milliers d'autres écrits conservés, tant bien que mal, dans toutes les autres bibliothèques de la ville, la plupart des manuscrits de Chinguetti sont aujourd'hui mangés par les rats, ou rongés par les vents de sables implacables du Sahara qui entoure la ville. Histoire de dissuader définitivement toute velléité de rachat ou de « déplacement » de son « patrimoine », jalousement gardé de génération en génération, Mohamed a même crée, avec sa famille, sa propre Fondation, la « Fondation Sidi Mohamed Ould Habott », du nom de son illustre créateur, dont le conseil d'administration, composé de huit membres, a son siège à Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. La vocation principale de la Fondation, m'explique Mohamed, est la sauvegarde et le développement de l'héritage familial, ainsi que la « répartition équitable des revenus générés par la bibliothèque entre les nécessiteux ».

 

 

Pour comprendre mieux ce qui fait, aujourd'hui encore, la fierté de Mohamed et de sa famille, il faut se replonger un peu dans l'histoire de Chinguetti, qui joua, pendant des siècles, un rôle essentiel dans la diffusion de la pensée musulmane, du savoir scientifique et du rayonnement de la foi islamique.

 

Et relire, par exemple, le témoignage d'une célèbre française fille d'armateurs nantais, Odette du Puigaudeau (1894-1991), « la bretonne du désert », qui traversa la Mauritanie à pied et écrivait, en 1937, en compagnie de sa fidèle amie Marion Sémones : « Tous les savants possédaient leur bibliothèque. Celle des Habott, la plus importante de Mauritanie, était la gloire de Chinguetti. Treize cents ouvrages gainés de cuir colorié, frappé d'or, rapportés d'Afrique du Nord, d'Egypte, de Syrie, de Tombouctou, par des pèlerins et des messagers... ».

 

« Et en plus, aujourd'hui, on n'est que lundi... »

 

Les rats et le sable ne sont pourtant pas les seuls problèmes des anciens habitants du « Pays de Shinguet » et des mauritaniens en général : il y a aussi la sécheresse grandissante, le manque d'eau, l'exode rural (depuis l'indépendance de 1960, environ 50 % de la population s'est concentrée autour des villes), l'industrialisation dans le Nord, la sédentarisation de plus en plus grande des nomades. Et, plus récemment, le déferlement de produits « made in China », ainsi que l'arrivée en masse d'ouvriers chinois, venus construire le Palais Présidentiel et le Palais des Congrès de Nouakchott, ou exploiter les minerais d'or, de diamant et de pétrole du pays. Sans compter les incidents de fin décembre 2007 contre les touristes français, qui ont provoqué une chute brutale du tourisme .

 

Malgré tout, la vie sociale se poursuit à Chinguetti : les pèlerins d'hier ont cédé la place aux familles mauritaniennes modernes d'aujourd'hui, et on se réunit encore dans l'ancienne ville Sainte. Plus pour former des caravanes et se rendre à la Mecque à dos de chameau, mais dans les palmeraies, à l'occasion de la « guetna », la récolte annuelle des dattes. En juillet et en août, à la saison des pluies, les habitants d'Atar, à 100 km de là, ou de Nouakchott, la capitale, profitent de la récolte pour s'y rencontrer, et organiser fêtes, mariages et danses.

 

Avant ou après la « guetna », allongés sous les « tikits », les cases rondes en paille d'antan, construits ou restaurés pour l'occasion, on parle affaires, naissances, on s'informe des dernières « actualités » du désert par bouche à oreille interposé. Mohamidou ne se lasse jamais de comparer la vie des mauritaniens de la ville et ceux des campements nomades. Farida se souvient, un peu gênée et choquée, de cette vieille coutume, typiquement  mauritanienne et toujours pratiquée dans la « brousse », selon laquelle une fillette d'une douzaine d'années, en âge d'être mariée, devait être « gavée » de douze litres de lait par jour (ou d'hormones vétérinaires en ville) pour être plus grosse ...et donc plus jolie. Kader, de son côté, se moque des nouvelles mesures prises par une entreprise française venue depuis peu ramasser les tonnes de déchets qui noient de plus en plus les rues de la capitale, pour les transporter « juste un peu plus loin ». Le court silence qui suit est vite brisé par Ahmed, jeune et très ambitieux entrepreneur mauritanien marié à une française, qui désire, plus que tout, embrasser une carrière politique et s'engager fermement pour l'avenir de son pays. Affalé sous sa tikit et muet jusqu'à présent, le voilà qui s'appuie soudain sur ses avant bras avant de crier à la cantonade, le plus sérieusement du monde : « Moi, Ahmed Ould Amar, je vais être Président de la Mauritanie ! »

 

Bonne chance, mon ami Ahmed. C'est sûr, moi, je voterais pour toi !

 

 

 

Sous les éclats de rires et les tonnerres d'applaudissements qui suivent, je m'en vais, pour ma part, faire une dernière et courte halte pour rendre visite à Moktar, Paté (« le Roi du thé ») et Bachir, mes nouveaux amis sénégalais, qui ne sont là que pour la « saison », d'octobre à avril, et qui se morfondent aux portes de la vieille ville, dans l'ombre salutaire de leur magasin d'artisanat mauritanien « moins cher que gratuit ». Rongé par l'ennui en attendant l'unique charter de touristes du dimanche suivant en provenance de l'aéroport d'Atar, Moktar, responsable du magasin, qui a la charge de trois femmes et sept enfants, se lamente en Hassania, le dialecte local, composé de 90 % d'arabe et de 10 % de berbère : « Non seulement y a aucun touriste, mais en plus, aujourd'hui, on n'est que lundi. La semaine va être longue... »

 

Puis, un autre rapide « au revoir » aux femmes de Chinguetti, réunies sous l'appellation improbable - et souvent incontrôlée - de « Coopérative des Femmes de Chinguetti ». Aïcha, Fatima, Rachida et toutes les autres ont, depuis peu, stratégiquement déplacé leurs tentes mauritaniennes, leur « khaïma », contenant leur artisanat local et leurs tissus, tout autour de la dernière et unique mosquée de la ville, pour mieux « canaliser » les touristes de passage.

 

 

 

 

Mon escale à Chinguetti touche à sa fin. Amoureux invétéré de la marche dans le silence des grands espaces sahariens, je dois poursuivre ma route. Inutile de prendre un 4x4 pour me rendre au point de départ de mon itinéraire : Chinguetti est au cœur du désert. Sidi, mon guide mauritanien, Hadj, « le cuisinier fou de Tagant», Hademine, mon chamelier et mes trois chameaux m'attendent aux portes de la ville, moi, le « chebani », « le vieux ».

 

L'harmattan (ou « irifi »), ce vent sec et chaud du désert, se lève : c'est le signe du départ. Après avoir fait le plein d'eau dans un « oglat », un puits non cimenté au ras du sol, nous partons pour un trek de 15 jours. De Chinguetti à l'oasis de Tergit, direction l'Erg Ouarane, les montagnes de Zarga et les splendides oasis mauritaniens. « Yala, yala. Fissa, fissa » : plus de 200 kilomètres de marche nous attendent. Mon cœur gardera longtemps le souvenir de la seule Mosquée de Chinguetti qui n'a pas été ensevelie sous les Sables du Temps. Pas encore...

 

Décidemment, à Chinguetti, le désert avance...

 

 

François-Xavier Prévot, Marcheur-Photographe.

 

« Mauritanie : la Ville aux 12.000 Manuscrits »

© 2007 François-Xavier Prévot, Marcheur-Photographe fx-images.com.



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     Piair   
Pierre (admin)
 Site internet
24 article(s) publié(s)
Posté le 20-09-2009 à 17h22

J'aime ton point de vue !!


     hugo   
Hugo (membre)
 Site internet
34 article(s) publié(s)
Posté le 19-09-2009 à 18h03

En plus d'être un excellent photographe tu manies la langue francaise avec brillot ;)


     fx-images   
2 article(s) publié(s)
Posté le 19-09-2009 à 17h40

[à Pierre]

Merci, merci, Pierre, de m'aider à continuer de Marcher !

"Grand" ?

Ne devient-on pas "Grand" quand on arrive enfin à (re) devenir petit, tout petit comme l'Humilité, de cet Humus d'où nous venons à peine, et où nous retournerons bientôt ?

Fraternellement, François-Xavier


     adrien-billot   
1 article(s) publié(s)
Posté le 19-09-2009 à 12h34

Et quelle poésie !


     Piair   
Pierre (admin)
 Site internet
24 article(s) publié(s)
Posté le 19-09-2009 à 11h25

Quelle qualité dans ce reportage !!

Du grand, du très grand photographe !!!

Bravo !


     fx-images   
2 article(s) publié(s)
Posté le 18-09-2009 à 23h58

[à Adrien]

Merci une nouvelle fois, Adrien (après un bref et émouvant échange sur Facebook) cette après-midi.

Ce qui est drôle, c'est que je venais à peine d'arriver à Chinguetti, mon simple billet d'avion en poche, sans guide ni itinéraire : la "routine", quoi...

Heureux, décalé et déjà crevé, comme d'habitude.

Ce qui est drôle, c'est que ma femme dormait dans la chambre de notre auberge pour se remettre du décalage.

Je suis donc parti tout seul comme je devais le faire à ce moment-là, dans la vieille ville de Chinguetti, en prenant simplement mon appareil photo (une autre "routine), sans aucune idée ni à priori, juste l'envie de marcher.

Je ne connaissais rien de rien de la Mauritanie avant d'y poser le pied, je n'ai rien écrit sur place (mes carnets de voyages pourtant reliés  en cuir sont restés vierges, comme toujours), mais, un pas après l'autre, une rencontre en succédant à une autre, en restant ouvert, attentif (l'attention sans la tension), on avance...

Je dirais même plus : ce n'est qu'après mes déambulations maures dans la ville en ruines que je me suis décidé à poursuivre dans la lancée, à revenir encore dans le Désert, à choisir mon Guide (à moins que ce ne soit l'inverse), mon cuistot et mon chamelier, mon itinéraire, le nombre de jours de marche et voilà...

Quelques jours de marche et quelques mois de travail plus loin, seulement mû par le désir irrépressible de Partager, me voici.

Marcher à l 'intérieur de soi, marcher à l'extérieur, c'est pareil.

Alors, bonne route, Adrien et bonne Route à vous tous sur reportagesphotos.fr!

PS : ça tombe bien : on ne peut qu'avancer...

RE-PS : ce qui est drôle, c'est qu'au retour de ce voyage mauritanien, j'ai réussi à publier deux fois le même article dans deux magazines différents, un en France et un en Allemagne  :

http://www.fx-images.com/fr/publications.php

Je vais donc continuer à croire en mon Intuition, cette toute Petite Voix qui nous montre notre Voie.

Continuer d'essayer de devenir mon meilleur Compagnon de Route.

Mon meilleur Ami...


     fx-images   
2 article(s) publié(s)
Posté le 18-09-2009 à 23h39

[à Hugo]

Sourire Merci, Hugo !

Merci, car, au lieu de me faire simplement rougir et m'intimider, la Sincérité et le Chapelet de tes compliments m'aident à apprendre à recevoir d'avantage, et donc à m'ouvrir encore plus.

Et c'est vers l'ouverture que chacune des cellulles de notre corps Réuni nous pousse chaque seconde...

Donner est un Appentissage si impérieux et si périlleux à la fois...

Recevoir, "état" qui ne doit évidemment pas rester un simple reflexe social de politesse, est un Apprentissage encore plus difficile, à mon avis, cat tout nous pousse aussi de l'autre côté, du côté de toutes nos peurs (ces mauvaises compagnes de route), qui sont autant de barrières et donc autant de fermetures "éclairs"...

En essayant de donner le meilleur de nous-même en prenant une simple photo (voire une photo simple), on reçoit beaucoup, beaucoup...

Et, du coup, on a envie de Donner encore mieux, encore plus...


     fx-images   
2 article(s) publié(s)
Posté le 18-09-2009 à 23h28

Merci, Nicolas, pour tout ce beau carburant que tu me donnes pour continuer la Route si dificile et si Prometteuse qu'est la photographie...

François-Xavier


     nicolasbdotnet   
22 article(s) publié(s)
Posté le 18-09-2009 à 18h50

Une superbe série humaniste, les cadrages, la lumière, sont géniaux, j'adore !


     hugo   
Hugo (membre)
 Site internet
34 article(s) publié(s)
Posté le 18-09-2009 à 17h41

Bah dis donc, ca change de ce qu'on a l'habitude de voir, le sujet est parfaitement maitrisé quel lumière. C'est de loin le reportage que je préfère.

Bravo quelle maîtrise ;)


     adrien-billot   
1 article(s) publié(s)
Posté le 18-09-2009 à 15h21

Quelles lumières...quelles couleurs...quelles images !



 
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