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Mention rien

Mention rien par Remi Hubert et Guillaume Chauvin

Étudiants et S.D.F., ces deux mots ne vont pas ensemble. Ils sont pourtant tous diplômés, mais, subissant les dérives d`un état et d`une société qui les ignorent, ils étudient le jour, et subsistent la nuit. En effet, la France compte plus de deux millions d`étudiants, dont cent mille en situation de précarité, et plus de vingt mille en situation de pauvreté grave et durable (source OVE). Généralement, les activités qui permettent le financement de leurs études se font au détriment de leur réussite universitaire.

Aussi, le CROUS ne dispose pas d`assez de logements universitaires pour ses étudiants et ses barèmes sont de plus en plus sévères ; les loyers ne cessent d`augmenter alors que les propriétaires privés sont toujours plus exigeants et trouver un travail quand on n`a pas les papiers ou qu`on prépare une thèse est quasi-impossible… Vu de l`intérieur, la France semble perdre son idéal de droit à l`éducation libre et gratuite.

Ces étudiants ont souvent des ressources précaires : petites bourses, petits boulots, aides ponctuelles des parents (souvent « trop riches » pour être boursier mais trop pauvres pour aider leurs enfants), et le phénomène tend à se banaliser ; « c`était un double défi : il fallait d`abord survivre au jour le jour et poursuivre les études comme si de rien n`était ». Français ou étrangers, les solutions sont diverses : partager un studio à quatre, dormir dans les foyers sociaux ou dans sa voiture, ne pas se soigner, travailler au noir, voire vendre ses charmes ou de la drogue… tous les moyens sont bons pour s`offrir de « bonnes études ».

Nous avons tenté de cerner ce sujet complexe et grave en révélant le quotidien de quatre cas significatifs dans notre entourage, eux aussi étudiants à Strasbourg, en partie à l`Université Marc Bloch, désormais plus grande de France…

Les révélations ne furent pas évidentes car ces étudiants dissimulent leur précarité du mieux qu`ils peuvent, au point que même leur propre famille ignore parfois cette situation de détresse. C`est en prenant du temps, en recueillant les témoignages et en partageant la vie de ces quelques cas strasbourgeois que nous pouvons maintenant témoigner de cette réalité peu connue, et la souligner par notre approche photographique. »

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Strasbourg en 2008 : plus grande université de France où étudier signifie parfois précarité.

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«Ca m’est arrivé plusieurs fois le soir, en fermant la fac, de mettre des étudiants à la porte… Je sais que c’est pas facile pour eux, mais j’ai pas le choix… ».

Gérard, agent de service.

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«Il ne faut pas se fier aux apparences : ce n’est pas forcément ceux que l’on croit qui souffrent de la précarité. Quand j’ai vu par hasard une de mes élèves faire le trottoir, j’ai eu un choc».

Pierre, membre du corps enseignant.

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«Je suis en conflit avec ma famille depuis que j’ai seize ans. Même si je n’ai ni bourse ni aide parentale, j’ai toujours su me débrouiller seul».

Armin, 23 ans, Master de sociologie.

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«Comme je suis gardien de nuit après les cours, j’ai fait une croix sur la boxe, mais je continue à m’entraîner dès que je le peux et n’importe où. Heureusement je viens de décrocher un stage aux états-Unis, à condition que j’ai mon Master de sociologie».

Armin, 23 ans, Master de sociologie.

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«Je ne peux pas aller au Restaurant Universitaire tous les jours, et je n’aime pas aller aux Restos du Coeur. Alors je fais les fins de marchés et j’en donne à des potes chez qui je peux aller cuisiner».

Armin, 23 ans, Master de sociologie.

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«On vit à trois dans vingt mètres carrés, alors on a organisé un roulement pour savoir qui dort par terre».

Emma, 23 ans, Master de Philosophie.

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«Depuis qu’on a apprit la grossesse de Noémie on se sert les coudes, sinon je ne sais pas comment on ferait avec en plus les exams à préparer».

Éloïse, 20 ans, Licence en langues étrangères appliquées.

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«Pour pouvoir étudier le jour, je me sers de mon cul la nuit… De temps en temps je reviens à l’appart’ entre midi et deux pour dormir. C’est dingue d’en être arrivée là. Heureusement j’arrive encore à le cacher».

Emma, 23 ans, Master de Philosophie.

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«Après les cours, je suis portier dans une boîte en Allemagne. C’est pas déclaré, mais ça me fait 50 euros la nuit. Du coup, je dois faire deux heures de transport aller-retour chaque jour pour m’y rendre».

Eddy, 26 ans, Master en sciences du sport.

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«J’envoie aussi de l’argent à la famille, pour les aider et qu’ils soient fiers. Alors je fais des extras le week-end comme serveur. Tout ça au détriment de mes études».

Eddy, 26 ans, Master en sciences du sport.

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«De temps en temps on se retrouve pour travailler avec des frères du pays, c’est de la chaleur qui fait du bien».

Eddy, 26 ans, Master en sciences du sport.

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«Certains soirs d’autres jeunes nous rejoignent. Alors on se rend compte que dans les banlieues d’à côté, il y en a dans des situations bien pires que nous : sans boulots ni études. Sans espoir».

Philippe, 23 ans, licence d’Arts plastiques.

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«Y’avait plus de place dans les logements étudiants, alors on a trouvé ce sous-sol dans la périphérie. On s’y est installés et maintenant on y dort, on y mange, on y travaille… On y vit quoi !».

Bobby, 17 ans, baccalauréat scientifique.

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«On aura appris un truc au moins : la précarité, c’est facile d’y rentrer, difficile de s’en sortir».

Fred, 21 ans, DNAP illustration.

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Strasbourg en 2009 : plus grande université de France… Rien n’a changé. Rien ne veut changer…

Le discours de révélation sur la réalisation de ce reportage primé par le Grand Prix Paris Match de photoreportage étudiant :

Réalisé par Remi Hubert et Guillaume Chauvin.

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3 commentaire

  1. De belles photos au service d`un sujet prenant. Bravo, ça interpelle vraiment.

  2. Bonjour, ce sujet tombe à point : j`ai rencontré il y a deux jours un étudiant qui faisait la manche. Les petits boulots qu`il avait décrochés ne lui suffisaient pas pour vivre. Inadmissible.

  3. bravo! ca me touche vriment et bonne courage pour ses hommes et femme

                   Nadj

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