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Reportage Photo

On n’est pas des saltimbanques – Interview de Jean-Christophe Hanché

Projet

 

Pour vous, qu’est ce que le crowdfunding ?

 C’est la mise en relation entre un sujet et le public concerné. La collecte de fonds est un aspect secondaire du crowdfunding qui vient après le rapprochement d’un auteur et de son audience. On achète pas un ticket de cinéma pour un film qu’on ne va pas aller voir. C’est l’esprit même du de cette méthode, les donateurs participent à un projet qui leur tient vraiment à coeur.

 

Combien coûte le projet ?

Le reportage dans sa globalité coûte 16 000 euros. Mais comme le site fonctionne sur le principe du tout ou rien, le créateur m’a conseillé de fixer un objectif moindre pour le rendre réalisable. Le montant minimum est de 10€ et à partir de 30€ on obtient des contreparties, le livre sur lequel je publierai mon reportage ou un tirage d’une des photos par exemple.

 

Qu’est ce qui peut motiver un donateur à financer votre reportage ?

Les raisons sont multiples. L’intérêt peut-être moral, au sens de l’engagement. Le donateur s’investit dans une sujet qui lui tient à cœur. Il peut être personnel, le public veut qu’on lui ramène des histoires, qu’on lui raconte avec nos yeux. L’envie de voir une information différente de celle proposée dans la presse main stream est une autre motivation possible. D’autres ne se contentent pas d’une histoire torchée en deux pages, en m’investissant dans le temps, je leur apporte plus de profondeur. Globalement, cela résulte d’une démarche consciente de la part du donateur et pas seulement d’une lubie. J’entends et je ressens ce besoin de savoir, de découvrir.

Ensuite,  les personnes ont confiance dans l’authenticité de ce qui va être ramené. Sur mon site, les lecteurs peuvent accéder à mon travail et voir ce que j’ai déjà produit. J’ai de l’expérience et le sérieux est facile à évaluer. Quelque part,  le public attend une certaine personnalisation, ils veulent que ce soit moi qui leur raconte une histoire. Et puis les donateurs savent ce qu’ils financent, où comment, pour quoi, par qui. C’est concret. Contrairement au mécénat, on ne demande pas de l’argent pour le principe, puis on avise de l’utilisation de la somme.

Homme

 

Peut-on vous considérer comme un reporter de guerre ?

Photographe me suffit. Je ne travaille pas uniquement sur des scènes de guerre.

 

La peur et l’adrénaline sont-elles vos moteurs ?

Non. Aujourd’hui, avant de partir je n’ai pas peur, mais c’est un sentiment que j’ai déjà éprouvé sur place. La peur est un facteur de travail comme un autre, ni plus ni moins qu’une panne de batterie ou les conditions météo. D’ailleurs la fascination du risque est assez chiante. On a toujours des remarques du style : « prends soin de toi » ou  « fais attention », c’est compréhensible mais énervant. C’est mon métier, je suis déjà parti, je suis revenu et je mets tout en œuvre pour que cette fois-ci ne diffère pas des précédentes.

 

Avez-vous choisi un sujet sensible pour encourager le don ?

Premièrement il ne faut pas être naïf. Avant de se lancer il faut s’assurer de la pérennité du projet. Je ne peux porter qu’un reportage auquel je crois, car après il faut le réaliser, le promouvoir, le défendre, l’assumer. Quand on est pas convaincu par ce que l’on fait, c’est diifficile de le mettre en avant. Il faut aimer ça, pas parce que c’est sexy, vendeur ou dans l’air du temps  mais car cela correspond à une problématique qui nous intéresse personnellement.

 

Pensez-vous que la méthode que vous utilisez est généralisable à l’ensemble des photographes ?

Le crowdfunding ne peut pas être généralisé en l’état. On peut l’organiser mais pas le systématiser. On assiste à l’émergence de nouveau types de médias. Ces méthodes originales sont amenées à se développer mais on ne peut pas aujourd’hui espérer en vivre à 100%. Les donateurs risquent fort d’être lassés face à une multiplication des sollicitations. Les POM (Petites Œuvres multimédias) par exemple reflètent l’absence totale de rentabilité de ces nouveaux projets. C’est quasi impossible à vendre, pourtant cette combinaison de son et de photos apporte une véritable valeur ajoutée. Au lieu de se concentrer sur le développement de ce type d’initiatives, on vit dans l’urgence des moyens de production de notre travail actuel. Il n’est pas aisé de récolter de l’argent et la rémunération n’est pas secondaire.

 

Vous travaillez donc pour l’argent ?

Pas du tout. Il m’arrive régulièrement  de produire des sujets et de ne pas les vendre. Pourtant la rémunératon est vitale et pas du tout accessoire. On a besoin de manger, besoin de vivre, on n’est pas des saltimbanques. Le but est de gagner sa vie.

Les sujets photos qui cartonnent, ça n’existe plus. À moins d’avoir la chance d’assister en direct à un évènement innatendu, on ne sortira pas de scoop. De toute façon je crois plus au travail dans la durée, le nombre d’images, le temps passé avec les personnes et une bonne préparation.

 

Sur place

 

Comment vous préparez-vous pour un reportage comme celui là ?

Déjà il a fallu obtenir les autorisations militaires, ça a pris plus de huit mois. Ensuite, je fais beaucoup de recherches, sur le contexte et les enjeux locaux. Quand j’arrive sur le terrain, je veux comprendre ce que je vais photographier même s’il y a des choses qu’on ne peut appréhender qu’une fois sur place. Ça évite de se faire rouler dans la farine et d’être gênant pour les troupes sur place. C’est d’ailleurs ce qui déterminera le déroulement de mon reportage. Il se divise en trois parties et au terme de chaque session, l’armée détermine si ma présence est souhaitée lors de la prochaine en fonction de mon comportement sur le terrain.

 

Quel sera l’angle de votre reportage ?

Mon emphase porte essentiellement sur l’aspect humain. Je n’y vais pas pour rendre compte d’un schéma tactique. Je veux montrer comment ses soldats vivent concrètement. Leur vie au quotidien, humainement parlant.

 

N’avez-vous pas peur de tomber face à des murs ?

Il y a de la pudeur partout. C’est la nature humaine qui pousse les gens à se lâcher ou non. Il faut prendre le temps de la rencontre, voir qui à envie de donner et qui n’a pas envie. Pour ça, le seul moyen est de passer du temps avec eux pour gagner leur confiance. Certains préfèrent garder une distance, je le conçois. Ces informations m’aident à comprendre et à photographier autrement. On fait également plus attention à certains détails liés aux histoires de chacun.

 

Cette proximité et cette implication biaisent-elles votre jugement ?

On raconte les choses autrement. Certes ça m’influence mais je filtre avec ma préparation. Je ne suis pas une éponge. La confrontation entre ce qu’on a compris avant et ce qu’on voit sur place est intéressante. Il ne faut pas tout prendre pour argent comptant.

Futur

 

Pourquoi ne travaillez-vous pas plus avec la presse ?

J’ai consommé mon divorce avec la presse. Quand je suis revenu de Dadaab, le plus grand camp de réfugié du monde j’ai tenté de vendre le sujet. Là, on m’a répondu : « mais où est l’actu ? ». J’avais beau leur rétorquer que c’était le plus grand camp de réfugié du monde et qu’en soit, cela constituait déjà un sujet, rien à faire. C’est plus que du dégoût, c’est de la fatigue.

 

La faute à des médias trop mercantilistes ?

Ah, c’est l’éternel débat de la poule ou de l’œuf. Est-ce la faute du spectateur qui ne s’y intéresse pas ou des médias qui ne prennent pas la peine de lui montrer. On s’en fout de qui est à la cause du problème. Ce qu’il faut c’est trouver des solutions.

 

Et le crowdfunding serait cette solution ?

C’en est une, mais ce n’est pas LA solution. Si elle existait cela se saurait. Il faut mélanger du corporate et du photojournalisme. On peut jouer le puriste en s’asseyant sur des missions financées par des entreprises en attendant qu’un canard vous appelle mais on risque de rester assis longtemps. Mélanger le crowdfunding et le financement d’une entreprise de presse pour un reportage pourrait aussi être une piste de réflexion intéressante.

 

Pour en savoir plus sur son projet : KAPISA 2011

Le site de J-C HANCHE

 

Propos recueillis par Emmanuel DANIEL

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