Home / Reportages photos / Les reportages / Pêche Hauturière en mer d’Irlande par Simon Cohen

Pêche Hauturière en mer d’Irlande par Simon Cohen

La scopolamine me laisse la bouche pâteuse, l`éveil est brutal, les relents de sueur dans la cabine arrière me soulève le cœur plus encore que les odeurs de fioul, d`huile moteur brûlante et de poisson mêlées. J`ai mal dormi, une fois encore, balloté en permanence dans ma bannette. Le chalutier roule sur lui-même, amplement; c`est l`hiver, la Mer d`Irlande est capricieuse, les panneaux écarteurs tambourinent sans cesse la coque, violemment, les tempêtes laissent peu de place aux accalmies, difficile de trouver le sommeil. Je dors d`épuisement par phases de huit heures une nuit sur deux, un luxe; mes hôtes dorment trois quarts d`heure au plus par tranche de quatre heures, de jour comme de nuit, à chaque changement de trait, et ce pendant toute la durée de la campagne de pêche, quand ils ne doivent pas ramender le chalut et se priver de repos.

Ceux-là sont déjà sur le pont, à trier, éviscérer, rincer à grandes eaux la précieuse moisson halieutique, avant de la mettre en cale sous d`épaisses couches de glace d`ici la débarque à la criée du port finistérien du Guilvinec.

Bara Zur, «pain assuré» en breton, tel est mon univers depuis dix jours maintenant. Je partage avec ces cinq marins les 24 mètres d`acier malmenés par la houle. Dans cinq jours, je mettrai pied à terre et bouclerai ce témoignage sur le plus périlleux des métiers. Après la vente des 440 caisses de baudroie et autre Saint-pierre, mes compagnons reprendront la mer pour trois nouvelles campagnes avant d`être relevés pour un mois. J`ai embarqué la fleur au fusil, malgré les réticences des Affaires Maritimes, et maintenant que je sais de quoi il s`agit, la perspective hypothétique d`avoir à y retourner m`enchante peu.

Reportage de vocation photographique naissante, plongée dans la rudesse de l`aventure humaine, je conserve un souvenir ému de l`immense générosité de ces héroïques laboureurs des mers, qui me gratifièrent de ma part de godaille comme à l`un des leurs.

1

Port du Guilvinec, vu des bureaux de l`Armement Bigouden, armateur du chalutier

2

Sur le pont du Bara Zur, «Pain assuré» en breton, chalutier de 24 mètres fraîchement sorti du chantier naval

3

Le bateau roule naturellement par mer calme, lui assurant sa stabilité par forte mer

4

On lutte en permanence contre un roulis de plus de 75 degrés

5

À l`abri de la passerelle, la mer grossit

6

Le travail sur la plate-forme arrière est très physique et dangereux

7

Fous de Bassan s`attaquant aux poissonx à la remontée du chalut

8

Jean-François, après six jours d`une timide approche, prend la pose en tenant fièrement une grosse baudroie, ou lotte de mer

9

Triage du poisson après avoir vidé le cul de chalut

10

Nettoyage de baudroies à grandes eaux

11

Un congre lové au fond de son panier, attendant la mise en glace

12

Probablement un maquereau

13

Pierre, 48 ans, 36 ans de mer, me montre une prise, dans un décor de corne d`abondance

14

Chaque remise à l`eau du chalut est précédée de quelques réparations, ici la soudure d`un câble d`acier tractant le chalut pélagique, et supportant plusieurs tonnes de tension

15

Ramendage des mailles du chalut, en pleine nuit

16

Le bosco est aussi le mécanicien et la cuisse (cuisinier) du bord, autant dire qu`il est celui qui dort le moins de tous, tout au plus 3 heures par 24 heures

17

Dans le carré, après un bon repas de poisson frais. Le calendrier montre le rythme des campagnes. Plus que trois jours avant le retour au port

18

La houle grossit, formant des montagnes aqueuses, aire de jeu protéiforme des fous de Bassan

19

Dans de rares moments de répit, l`esprit divague mélancoliquement. Les pensées vont probablement aux proches restés à terre, mais çà ne se dit pas…

20

L`aussière en main, Pierre et Jean-François s`apprêtent à amarrer le chalutier au quai de la criée du Guilvinec

21

La débarque de la cale peut commencer

22

Au terme de la vente à la criée, Claude, le patron pêcheur, remet à ses hommes le salaire de leurs efforts à l`étage de la Brise, bistrot local

A ne pas louper

A bout de soufre par David Guiheneuf

Aujourd’hui, c’est David Guiheneuf qui nous propose son reportage venant directement d’Indonésie.  Après une courte nuit, ...

11 commentaire

  1. DESGOUTTE Julien

    Très beau reportage, dans des conditions difficiles à la hauteur de ce metier.

    Bravo !

    Julien
    http://www.50mm.info

     

  2. On est avec eux tout le long du reportage !!! Je suis fan !!! 

  3. Christophe Garnier

    Très sympa ce reportage. On se rend bien compte de la difficulté de ce métier. Très belles photos.

  4. Le tout réalisé avec de l`argentique….

  5. Une magnifique série ! Chapeau pour cet hommage à des hommes qui font un travail extraordinaire !

  6. OUI, on se rend compte de la dureté de ce travail de moins en moins reconnus…

  7. Un bien beau reportage, on se rend bien compte des conditions de travail

  8. Je plussoie ! Belles images au coeur de l`action et dans des conditions pas vraiment évidentes j`imagine.

    Bien fan !

  9. Un reportage qui change un peu de ce que je fais d`habitude.  Je le trouve parlant, humain et sensible.  Pas de minimalisme sur le genre humain et sa condition.  Ici, on parle de labeur, de rire et de songes.  Naturel et bien foutu.  Félicitations.

  10. Merci à vous tousss pour ces retours

  11. Très beau reportage, on y ressent vraiment la difficulté et la beauté de ce travail dans un milieu dur mais magnifique !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.